Aucune méthode n'est appliquée à l'aveugle : c'est le diagnostic qui désigne la couche en cause et l'ordre des interventions. Toutes partagent un invariant : on agit sur une image du support, jamais sur le support lui-même, sauf pour les gestes physiques strictement nécessaires à rendre l'original lisible — et même ceux-là précèdent une imagerie immédiate.
On distingue trois couches : physique (le support ne se lit pas), firmware (le support se lit mais se ment à lui-même), logique (le support se lit, mais l'organisation des données est perdue).
1 · Méthodes physiques
Quand le support ne peut être lu en l'état, on le répare au niveau matériel, en salle blanche ISO 5 lorsque les plateaux ou puces sont exposés.
Greffe de têtes (HDD)
Remplacement du bloc de têtes par celui d'un disque donneur strictement compatible. Geste de référence après un head crash ou des têtes fatiguées — détaillé en partie I.
PCB swap & transfert ROM
Remplacement de la carte électronique, avec transfert de la ROM d'origine (qui contient les paramètres uniques du disque). Sans ce transfert, le disque reste inaccessible.
Micro-soudure & désoxydation
Réparation des pistes et composants sous binoculaire (connecteurs, PMIC, circuits grillés) ; nettoyage à ultrasons des cartes oxydées par l'eau. Cœur de la récupération mobile et des clés/cartes.
Chip-off & CPU swap
Dessoudage de la puce mémoire (NAND, eMMC) pour lecture brute ; transplantation du processeur et de sa mémoire liée sur une carte donneuse, lorsque la carte d'origine est irrécupérable. Gestes extrêmes, réservés aux cas où aucune autre voie n'existe.
2 · Méthodes firmware
Le support s'alimente et répond, mais ses tables internes sont corrompues. On dialogue alors avec son micrologiciel.
Accès au Service Area (HDD)
Réparation des modules firmware logés dans la zone réservée des plateaux : reconstruction du Translator, des listes de défauts, déblocage d'un disque en « Busy ».
Reverse FTL (SSD, clé, carte)
Reconstruction logicielle de la table de translation qui relie adresses logiques et pages NAND. Sans firmware d'origine, on reconstitue cette correspondance à partir des métadonnées résiduelles — étape indispensable pour donner un sens aux données lues par chip-off.
3 · Méthodes logiques
Le support est parfaitement lisible ; ce qui manque, c'est l'organisation des données. Tout se passe alors sur l'image.
Reconstruction du système de fichiers
Réparation des structures NTFS, APFS, ext4, Btrfs, ZFS, exFAT : tables d'allocation, arbres de métadonnées, journaux. Quand elle aboutit, fichiers et arborescence reviennent intacts, avec noms et dates.
De-striping RAID (opération XOR)
Reconstruction logique d'une grappe par identification de la taille de bande, de l'ordre des disques, de la rotation de parité et de l'offset. La parité d'un RAID 5/6 obéit à une opération XOR : connaissant n-1 blocs d'une bande, on recalcule le n-ième, ce qui reconstitue virtuellement un disque manquant. Méthode développée en contexte dans le chapitre RAID & NAS du Guide.
Exploitation des snapshots
Sur Btrfs/ZFS, les instantanés en lecture seule permettent de revenir à un état antérieur — y compris avant une attaque par ransomware, sans payer de rançon.
Data carving par signatures
Quand les métadonnées ont totalement disparu, on récupère les fichiers par reconnaissance de leurs signatures binaires (en-têtes JPEG, RAW, MP4, MOV, documents). Les noms d'origine sont perdus, mais le contenu est sauvé — y compris des vidéos 4K reconstruites à partir de fragments.
4 · Le principe inviolable
Quelle que soit la méthode, une règle ne souffre aucune exception : l'original n'est jamais le support de travail. On image, on vérifie l'empreinte, on travaille sur la copie. C'est ce qui permet de retenter une approche après un échec, de préserver une preuve, et de ne jamais transformer une chance en perte définitive.
